Rupert Murdoch promet un soutien indéfectible au Sun
17/02/2012 | 18:36
(Actualisé avec visite au siège du Sun)
par Kate Holton
Rupert Murdoch a
promis vendredi un soutien indéfectible au personnel du Sun et
annoncé le lancement d'une édition dominicale du tabloïd pour
tenter d'apaiser la colère des journalistes face à ce qui est
perçu comme un zèle excessif dans sa collaboration avec la
police britannique.
Sa visite à Londres est destinée à assurer les journalistes
qu'il compte bien conserver ses titres britanniques et qu'il
continue de soutenir leur travail. Il est aussi censé écouter la
longue liste de leurs doléances.
"J'ai travaillé avec vous pendant 43 ans pour faire du Sun
l'un des meilleurs journaux au monde. C'est une part de moi-même
et l'une de nos plus fières réalisations", dit l'homme
d'affaires australo-américain dans un courrier électronique
adressé au personnel avant sa visite au siège.
Rupert Murdoch, âgé de 80 ans, a effectué cette visite en
compagnie de son fils aîné Lachlan, ce qui a donné lieu à des
rumeurs concernant sa succession. Son cadet James était
considéré comme l'héritier de l'empire News Corp avant le
scandale.
"Mon respect sans failles fait de cette situation une source
de grande souffrance pour moi comme, je le sais, pour chacun
d'entre vous. Je resterai avec vous tous, à Londres, dans les
semaines qui viennent pour vous apporter mon soutien
indéfectible. Je suis convaincu que nous surmonterons cela
ensemble et que nous en sortirons plus forts", ajoute Rupert
Murdoch.
Les rédactions du Sun et du Times s'interrogent sur les
raisons qui l'ont poussé à créer un comité interne chargé
d'éplucher 300 millions de courriels, de notes de frais et de
carnets pour débusquer la moindre pratique illégale. Cette
enquête interne a débouché sur l'arrestation de plusieurs des
dirigeants du Sun parmi les plus respectés de leurs troupes.
"ENFIN DES BONNES NOUVELLES !"
Ce comité a été créé à la suite du scandale des écoutes
téléphoniques pratiquées par News of the World, le pendant
hebdomadaire du Sun, que Rupert Murdoch a brusquement fermé en
juillet pour tenter de circonscrire l'incendie menaçant les
intérêts de son groupe de presse en Grande-Bretagne. L'édition
dominicale du Sun, promise vendredi, viendra dont le remplacer.
La coopération avec la police a cependant suscité la colère
des journalistes, qui y ont vu une chasse aux sorcières de la
part d'un patron jadis enclin à soutenir leur travail sans la
moindre réserve.
Le comité continuera à coopérer avec la police, mais les
journalistes interpellés verront leur suspension levée et
pourront reprendre leur travail, a annoncé vendredi Rupert
Murdoch. "Enfin des bonnes nouvelles !", s'est félicité un
membre du personnel.
Les arrestations les plus récentes ont concerné cinq
journalistes du Sun, un policier et des fonctionnaires, ce qui a
conduit les rédactions et des avocats à conclure que des détails
relatifs à des sources anonymes avaient été transmis à la
police.
"Tout organe de presse a le devoir d'aider la police à
mettre au jour les graves délits. Mais il a aussi le devoir
fondamental de protéger les sources qui ont été cultivées par
ses journalistes en échange d'une promesse d'anonymat", souligne
Geoffrey Robertson, avocat spécialiste des médias et des droits
de l'homme, interrogé par Reuters.
Cette crise expose aussi au grand jour le fossé grandissant
au sein de News Corp, le groupe de Rupert Murdoch,
entre, d'une part, les rédactions britanniques prêtes à employer
des méthodes contestables pour parvenir à leurs fins et, d'autre
part, le siège new-yorkais du groupe, choqué par les révélations
sur ces pratiques.
"On faisait l'objet d'intenses pressions pour sortir une
histoire", confie un ancien membre de la rédaction. "On allait
se coucher en se disant: 'Qu'est-ce que je vais bien ramener
demain ?' Les chefs de services braillaient au téléphone."
Le comité interne au coeur du différend rend directement
compte à New York et a reçu pour instruction de mener l'enquête
la plus approfondie possible.
(Bertrand Boucey et Jean-Philippe Lefief pour le service
français, édité par Gilles Trequesser)