Des milliers de Grecs manifestent contre le nouveau plan
22/02/2012 | 19:00
(Actualisée avec défilé, grève du secteur hospitalier)
par Tatiana Fragou
Des milliers de Grecs
ont manifesté mercredi dans le centre d'Athènes pour dénoncer la
cure d'austérité exigée par les bailleurs de fonds de la Grèce
en échange du nouveau prêt de 130 milliards d'euros qui lui a
été accordé.
Des syndicalistes, des retraités et des communistes se sont
réunis sous la pluie en face du Parlement, dans le centre de la
capitale grecque. La police avait placé des barrières
métalliques devant l'Assemblée pour tenter d'éviter une
répétition des émeutes du 12 février.
Athènes avait été le théâtre de violences, plusieurs
bâtiments étant incendiés et saccagés par des jeunes gens.
Les médecins et le personnel hospitalier ont appelé à une
grève de 24 heures jeudi, les hôpitaux n'assureront qu'un
service minimum.
L'accord d'échange de dette a été étudié par une commission
parlementaire mercredi et doit être adopté en séance plénière
jeudi. Le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, a indiqué
à la commission des affaires économiques que l'accord devrait
être promulgué vendredi.
Mardi, après une nuit d'ultimes tractations à Bruxelles, les
ministres des Finances de l'Eurogroupe ont annoncé un accord sur
un second programme de renflouement, évitant à la Grèce de
sombrer dans la faillite ou de sortir de la zone euro.
Le Premier ministre, Lucas Papadémos, a dit que la Grèce
devrait avoir achevé l'échange de dette prévu dans le cadre de
son plan de sauvetage de 130 milliards d'euros autour du 10 mars
au plus tard.
La conclusion de cet échange de dette fournira des fonds
dont la Grèce a cruellement besoin. Le 20 mars, le pays doit
procéder à un remboursement de dette de 14,5 milliards d'euros.
Dans le cadre de l'accord, il est prévu que les
investisseurs acceptent une décote de 53,5% de la valeur de
leurs obligations. Si le Parlement vote la loi, des Clauses
d'action collectives (Cac) contraindront les investisseurs à
accepter l'échange, une fois que le seuil d'une participation
des deux tiers sera atteint, a indiqué un ministre mardi soir.
L'échange de dette est une partie très importante du plan de
sauvetage. Il s'agit de ramener la dette grecque de 160% du
produit intérieur brut (PIB) à 120,5% en 2020.
INSPECTEURS EUROPÉENS
La récession étant plus forte que prévu, la Grèce anticipe
désormais un déficit budgétaire 2012 représentant 6,7% du PIB,
contre un objectif précédent de 5,4%, selon le projet de loi sur
les nouvelles mesures d'austérité publié mardi sur le site web
du Parlement.
Par ailleurs, mercredi matin, Fitch Ratings a annoncé
abaisser la note à long terme de la Grèce de CCC à C, tout en
confirmant la note à court terme C. La note de la Grèce chez
Fitch n'est désormais plus qu'à un cran au-dessus du défaut.
(voir )
Le chômage atteint désormais presque 21%, l'économie, en
récession depuis cinq ans, s'est contractée de 16% depuis 2008
et la criminalité est en hausse.
De nombreux Grecs sont particulièrement mécontents de voir
que des inspecteurs européens seront présents de manière
permanente dans le pays pour vérifier que le gouvernement
applique bien les termes du nouveau plan de sauvetage.
Beaucoup de citoyens y voient une ingérence sans précédent
qui montre que les partenaires européens, et au premier rang
l'Allemagne, ne font plus confiance à la Grèce.
Dans le journal Le Monde daté de jeudi, le ministre des
finances des Pays-Bas, Jan Kees de Jager, a demandé aux
autorités grecques de faire preuve de "responsabilité".
"Comme nous, la France doit consacrer beaucoup d'argent à la
Grèce alors qu'elle est elle-même contrainte à des choix
budgétaires tendus. (...) C'est aux gouvernements grecs,
l'actuel comme le prochain, après les élections d'avril,
d'assumer leurs responsabilités. Nous devons être très stricts",
a-t-il dit.
Dans un éditorial publié mercredi, le journal conservateur
Eleftheros Typos souligne que la faillite du pays est évitée
"pour l'instant". Le quotidien prévient que le plan de sauvetage
est voué à l'échec "si la mise en place d'un programme
d'austérité drastique - qui a mené le pays à un cercle vicieux
de récession, avec un taux de chômage inégalé et une chute des
revenus des travailleurs et des retraités (...) - continue".
Le Parlement doit également adopter un programme de trois
milliards d'euros d'économies dans le budget pour 2012, plan
déjà appuyé par les députés ce mois-ci.
(Avec Harry Papachristou, Danielle Rouquié et Benjamin Massot
pour le service français, édité par Gilles Trequesser)